Depuis plusieurs semaines, une série de publications virales alimente une vive polémique autour de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Détournement présumé de 150 millions de dollars, sabotage du transport des équipements destinés au barrage de Katende, boycott de la direction par les cadres de l’entreprise : ces accusations, largement relayées sur les réseaux sociaux, mettent directement en cause le Directeur général, Fabien Mutomb Kan Kato.
Cependant, les vérifications menées par le Journal Quiproquo n’ont permis de trouver aucun élément de nature à confirmer ces allégations.
Aucune preuve d’un détournement de 150 millions de dollars
L’accusation la plus grave concerne un prétendu détournement de 150 millions de dollars qui auraient été versés à la SNCC par son partenaire IMPALA.
Or, à ce jour, aucune preuve tangible ne vient étayer cette affirmation. Aucun rapport d’audit indépendant, aucune action judiciaire, aucun document officiel ni aucune communication des autorités compétentes ne fait état d’un quelconque détournement ou de l’existence de comptes parallèles impliquant les dirigeants de l’entreprise publique.
Les publications circulant sur les réseaux sociaux reposent essentiellement sur des affirmations anonymes ou des commentaires dépourvus de documents permettant d’en vérifier l’authenticité.
En l’absence d’éléments matériels, ces accusations demeurent donc, à ce stade, de simples allégations non corroborées.
Le prétendu boycott des directeurs ne résiste pas aux vérifications
Autre information abondamment relayée : l’ensemble des directeurs de la SNCC aurait boycotté une réunion de la direction générale pour exprimer leur désaccord avec la gestion de l’entreprise.
Afin de vérifier cette affirmation, les équipes du Journal Quiproquo se sont rendues au siège de la SNCC à Lubumbashi et ont recueilli les réactions de plusieurs responsables.
Là encore, la surprise est générale.
Certains cadres reconnaissent effectivement l’existence d’un retard dans le paiement de leurs rémunérations, toutefois, aucun des responsables rencontrés n’a confirmé l’existence d’un mouvement collectif de boycott dirigé contre le Directeur général.
Aucun document interne, procès-verbal ou communication officielle ne vient davantage corroborer cette rumeur.
Le transport du matériel de Katende se poursuit
Les réseaux sociaux ont également évoqué un blocage volontaire du matériel destiné au chantier du barrage hydroélectrique de Katende, laissant entendre que la SNCC freinerait délibérément un projet stratégique voulu par le Chef de l’État.
Les informations recueillies auprès de la société ferroviaire présentent une réalité différente.
Selon la SNCC, le transport des équipements se poursuit normalement grâce aux locomotives et aux wagons affectés aux entreprises intervenant sur le projet, notamment Société Angélique, MES, RLS et SWALA.
La société indique qu’un programme spécifique d’acheminement a été instauré sur instruction du Directeur général Fabien Mutomb Kan Kato afin d’accorder un traitement prioritaire à tous les convois destinés au barrage de Katende.
La coordination de cette opération est assurée quotidiennement par la Direction commerciale, à travers le département des ventes et de la clientèle, en collaboration avec les différents partenaires impliqués.
Plus de 80 % des équipements déjà acheminés
Les chiffres communiqués par la SNCC illustrent l’état d’avancement de cette opération logistique.
Sur un total de 310 wagons chargés de matériels destinés au chantier, 253 ont déjà quitté Lubumbashi et sont arrivés à la gare de Tshimbulu, d’où les équipements sont ensuite acheminés par voie routière jusqu’au site du barrage.
Les 57 wagons restants poursuivent leur progression le long du corridor ferroviaire :
- 7 wagons se trouvent à Lubumbashi ;
- 14 sont à Tenke en direction de Kamina ;
- 4 sont stationnés à Lubudi ;
- 8 se trouvent à Luena ;
- 2 sont déjà à Kamina en route vers Mwene-Ditu ;
- 22 autres ont quitté Likasi pour rejoindre Tenke.
Le chef du département des ventes et de la clientèle, Kabasele Kenda, affirme que les instructions de la Direction générale imposent un traitement en urgence de tous les convois destinés au projet Katende.
Une campagne de déstabilisation ?
Au regard des éléments recueillis, les principales accusations relayées contre la SNCC et son Directeur général ne trouvent, à ce jour, aucun fondement factuel vérifiable.
Ni le supposé détournement des fonds d’IMPALA, ni le boycott annoncé de la direction, ni le prétendu sabotage du transport des équipements de Katende ne sont confirmés par des documents officiels ou des faits établis.
Dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient rapidement les rumeurs, la prudence s’impose. Les accusations de corruption ou de mauvaise gestion ne peuvent être considérées comme établies qu’à la lumière d’enquêtes, d’audits ou de décisions émanant des autorités compétentes.
Une question demeure toutefois : à qui profite la multiplication de ces informations non vérifiées visant la SNCC et son Directeur général, alors que le transport du matériel destiné au barrage de Katende se poursuit et que ce projet constitue l’un des chantiers stratégiques de la République ?
Joe Mwanza


