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Procès Philémon Yav : un prévenu affirme avoir été recruté pour fournir un témoignage à charge contre le général .

Procès Philémon Yav : un prévenu affirme avoir été recruté pour fournir un témoignage à charge contre le général .

La Haute Cour militaire a poursuivi, vendredi 14 août 2026, l’instruction du procès impliquant le lieutenant général Philémon Yav Irung et Shauri Chibogo Issa. Au cours de l’audience, l’un des prévenus a rejeté les déclarations d’un renseignant qui le présente comme un intermédiaire ayant mis en cause le général Yav. Il affirme, au contraire, avoir été recruté pour livrer une version destinée à incriminer l’officier supérieur.

Le procès opposant l’auditeur général près la Haute Cour militaire, le lieutenant général Lucien-René Likulia Bakumi, au lieutenant général Yav Irung Philémon et à son co-prévenu Shauri Chibogo Issa s’est poursuivi vendredi à Kinshasa.

Les deux prévenus sont poursuivis pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel. Cette nouvelle audience a principalement porté sur les témoignages de deux renseignants, Dodo Kwalezitome Lilungi et Otshudi Omokoko, tous deux présentés comme d’anciens responsables des services de renseignement au Sud-Kivu.

Un témoignage met en cause le général Yav

À la barre, Dodo Kwalezitome Lilungi a relaté les circonstances dans lesquelles Shauri Chibogo aurait été interpellé à Nyange, dans le territoire de Fizi.

L’ancien responsable de la Direction provinciale de l’ANR au Sud-Kivu a expliqué avoir été informé de l’arrestation par son chef de poste. Selon son récit, l’alerte provenait d’un habitant ayant signalé la présence d’un individu considéré comme suspect dans la localité.

Conduit dans les locaux des services de renseignement, Shauri Chibogo aurait alors accepté de collaborer avec les autorités en échange de garanties de protection.

D’après le renseignant, le prévenu aurait déclaré appartenir au M23 et être arrivé de Nyunzu, dans la province du Tanganyika. Il aurait également affirmé avoir exercé comme chauffeur chargé du transport d’armes et de munitions.

Toujours selon cette déposition, Shauri Chibogo aurait cité Jean-Marie Runiga comme l’un de ses supérieurs et aurait expliqué disposer d’un moyen de communication de type Thuraya.

Le nom de Philémon Yav apparaît dans la déposition

L’un des principaux éléments du témoignage concerne les conditions dans lesquelles Shauri Chibogo aurait transporté des armes à travers différents points de contrôle.

Selon Dodo Kwalezitome Lilungi, le prévenu aurait affirmé que le passage de son véhicule était facilité par des instructions attribuées au général Philémon Yav.

Le renseignant a également évoqué un appel téléphonique au cours duquel un interlocuteur présenté comme Jean-Marie Runiga aurait proposé 50 000 dollars américains en échange de la libération de Shauri Chibogo.

Une commission réunissant plusieurs services de sécurité aurait ensuite procédé à une nouvelle audition du prévenu. Le renseignant affirme que Shauri Chibogo aurait maintenu ses déclarations avant de signer son procès-verbal.

Les éléments recueillis auraient ensuite été transmis à la hiérarchie à Kinshasa. Selon le témoignage, Shauri Chibogo aurait également réitéré ces déclarations lors de son passage à Goma.

Shauri Chibogo dénonce un « pur montage »

Face à ces accusations, Shauri Chibogo Issa a livré une version radicalement différente.

Le prévenu a qualifié les déclarations rapportées contre lui d’« archi-fausses » et a accusé le renseignant d’avoir participé à un montage visant à mettre en cause le général Philémon Yav.

Il affirme même avoir été recruté pour venir à Kinshasa présenter cette version des faits.

Selon Shauri Chibogo, une promesse de construction d’une maison d’une valeur de 50 000 dollars lui aurait été faite à Goma ou à Bukavu en contrepartie de sa participation.

« Je suis arrivé à Kinshasa comme renseignant et non comme détenu », a-t-il déclaré devant la Haute Cour, soutenant également que de l’argent aurait été envoyé à son épouse.

Le prévenu maintient ainsi la ligne de défense déjà développée lors des précédentes audiences : il nie les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir été utilisé pour fournir un témoignage à charge contre le général Yav.

Un second renseignant ne confirme pas les accusations contre Yav

Le témoignage d’Otshudi Omokoko est venu apporter un autre éclairage au dossier.

L’ancien responsable des services de renseignement a déclaré avoir connu Shauri Chibogo alors qu’ils étaient détenus au sein de la DEMIAP.

Selon lui, Shauri Chibogo n’aurait jamais cité le nom du général Philémon Yav durant leur période de détention commune.

« Il n’a jamais parlé du général Yav », a-t-il déclaré devant les juges.

Le renseignant a plutôt indiqué avoir entendu que Shauri Chibogo était présenté comme un transporteur de munitions utilisant le véhicule de l’honorable Mwangachuchu.

Cette déposition introduit donc une divergence entre les témoignages entendus par la Haute Cour militaire concernant le rôle présumé du général Yav.

La défense dénonce des incohérences

La défense de Philémon Yav a, elle aussi, contesté fermement les éléments présentés à l’audience.

Me Parfait Kanyanga a estimé que la déposition du premier renseignant comportait plusieurs incohérences. Pour les avocats du général, les accusations portées contre leur client ne reposeraient pas sur des faits suffisamment établis.

La défense a annoncé son intention de revenir en détail sur ces contradictions au cours de la suite du procès et de démontrer, selon elle, les faiblesses des accusations du ministère public.

De son côté, l’auditeur général près la Haute Cour militaire considère Shauri Chibogo comme un « prévenu extrêmement dangereux ». Le ministère public estime que ses déclarations cherchent à brouiller la compréhension du dossier et à détourner la Cour des faits qui lui sont reprochés.

Le procès renvoyé au 3 septembre

L’audience du vendredi 14 août n’a pas permis de clôturer cette étape de l’instruction. Faute de temps, la Haute Cour militaire a décidé de renvoyer l’affaire au jeudi 3 septembre 2026.

Les prochaines audiences devraient permettre à la Cour de poursuivre l’examen des témoignages et des éléments versés au dossier.

À ce stade, les versions demeurent profondément opposées : tandis que le ministère public s’appuie sur des déclarations mettant en cause le général Philémon Yav et le rôle de Shauri Chibogo, les prévenus et leurs avocats dénoncent des accusations qu’ils considèrent comme fabriquées ou insuffisamment étayées.

La suite des débats devra donc permettre à la Haute Cour militaire de confronter ces différentes versions et d’apprécier la valeur des éléments présentés dans cette affaire.

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