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Nation : les signes de décrispation se multiplient, la loi référendaire renvoyée devant le Parlement

Nation : les signes de décrispation se multiplient, la loi référendaire renvoyée devant le Parlement

À l’approche de l’échéance fixée par la C64 au 15 août, plusieurs gestes du pouvoir et évolutions de dossiers sensibles donnent l’image d’un début d’apaisement politique. L’ouverture annoncée à un dialogue national, la reprise des échanges avec les Églises, le traitement de certains dossiers judiciaires, la restitution de documents de voyage et le renvoi au Parlement de la loi référendaire constituent autant de signaux nouveaux. Mais cette décrispation demeure partielle et fragile : les principaux points de friction entre le pouvoir et l’opposition restent entiers.

En République démocratique du Congo, la séquence politique de ces dernières semaines se caractérise moins par un accord que par une multiplication de signaux d’ouverture. Après plusieurs mois de tensions autour du projet de réforme constitutionnelle, des arrestations d’opposants et de la perspective d’un affrontement dans la rue, le pouvoir  et une partie de l’opposition semblent avoir entrouvert un espace de discussion.

Le tournant intervient à la mi-juillet. Le 17 juillet, au terme d’une rencontre de plus de deux heures avec les responsables des principales confessions religieuses, le cardinal Fridolin Ambongo annonce que le président Félix Tshisekedi a accepté le principe d’un dialogue « entre fils et filles du Congo ». Le gouvernement confirme ensuite qu’un cadre institutionnel doit être précisé.

Cette annonce marque une évolution importante. Quelques mois plus tôt, le chef de l’État insistait encore sur la nécessité d’un dialogue organisé dans le cadre des institutions nationales et excluait de facto certains acteurs considérés comme impliqués dans la rébellion ou l’agression du pays. RFI avait déjà rapporté, en février, les lignes rouges posées par Félix Tshisekedi sur la participation au dialogue et sur son organisation. (RFI)

Le premier signe d’apaisement : le recul de la confrontation dans la rue

La réponse de l’opposition ne tarde pas. Le 20 juillet, la Coalition Article 64 (C64), qui réunit notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, décide de reporter la marche prévue le 22 juillet.

Ce choix n’est pas présenté comme un renoncement à la mobilisation. La C64 donne toutefois au processus de dialogue une nouvelle chance et fixe au 15 août la date à laquelle elle entend évaluer les actes posés par le pouvoir. Elle maintient parallèlement ses revendications sur la Constitution, les prisonniers politiques, les poursuites judiciaires et les libertés publiques.

Le 15 août constitue donc moins une date de tenue du dialogue qu’un rendez-vous politique : celui du bilan que l’opposition doit tirer des gestes intervenus depuis le report de sa mobilisation.

Et, depuis le mois de juillet, plusieurs éléments peuvent effectivement être inscrits au crédit d’une décrispation.

Des passeports rendus, un signal politique malgré les réserves

La question des passeports constitue l’un des indicateurs les plus concrets de cette évolution.

Delly Sesanga a récupéré son passeport après sa confiscation à l’aéroport de N’Djili. Il a ensuite pu se rendre à Bujumbura, où il a rencontré le président burundais Évariste Ndayishimiye.

Le 8 août, Olivier Kamitatu, directeur de cabinet de Moïse Katumbi, a à son tour obtenu le renouvellement de son passeport civil à l’ambassade de RDC à Bruxelles. Son passeport diplomatique demeure toutefois confisqué.

Le principal intéressé s’est gardé de présenter cette restitution comme une véritable concession politique. Il s’est demandé s’il fallait y voir un « signal d’apaisement », tout en rappelant que la décrispation devrait surtout se mesurer à la situation des détenus et aux poursuites visant les opposants.

L’ambassade de RDC en Belgique a, pour sa part, soutenu qu’il s’agissait du traitement normal d’une demande administrative. La C64 a néanmoins salué l’évolution.

Cette prudence est révélatrice : un passeport restitué peut être un geste administratif, mais dans un climat politique tendu, il acquiert nécessairement une portée symbolique.

D’autant que tous les cas ne sont pas réglés. Seth Kikuni et Théophile Mbemba restaient, au 11 août, privés de leurs passeports.

Des dossiers judiciaires qui évoluent sans encore déboucher sur des libérations

Le même constat peut être dressé sur le terrain judiciaire.

Les dossiers d’Aubin Minaku et d’Emmanuel Ramazani Shadary, deux cadres du PPRD de l’ancien président Joseph Kabila, ont connu une évolution après plus de 200 jours de détention sans présentation devant un juge.

Le 6 août, leurs dossiers ont été transférés du Conseil national de cyberdéfense à l’Auditorat militaire général. Les deux responsables ont ensuite été interrogés notamment sur leurs liens supposés avec la rébellion, leur position à l’égard de l’AFC/M23 et leurs relations avec Joseph Kabila.

Une demande de liberté provisoire a été introduite le 11 août. Mais, à ce stade, aucune libération n’a été annoncée.

Autrement dit, le mouvement est judiciaire avant d’être politique. Il serait donc prématuré d’y voir une concession directe du pouvoir dans le cadre des négociations.

Le dossier de Nathanaël Onokomba a également changé de cadre. Après avoir été détenu dans des structures militaires, puis à la prison militaire de Ndolo, il a été transféré à la prison centrale de Makala après que la justice militaire a renoncé à le juger. Il doit désormais comparaître devant la justice civile.

Là encore, il s’agit d’une évolution procédurale, et non d’une remise en liberté.

Cette nuance est essentielle pour mesurer la portée réelle de la décrispation : les dossiers bougent, mais les mesures les plus attendues par l’opposition — libérations et abandon des poursuites jugées politiques — ne sont pas encore intervenues de manière générale.

Le dialogue revient au centre du jeu politique

Le changement le plus important reste cependant politique : les discussions sur le dialogue ont repris.

Le président Tshisekedi a de nouveau reçu, le 8 août, des représentants de la Cenco et de l’Église du Christ au Congo (ECC), deux institutions religieuses qui jouent depuis plusieurs mois un rôle central dans les efforts de rapprochement entre les différentes parties.

Le 11 août, les deux Églises ont transmis une contre-proposition à l’entourage présidentiel ainsi qu’au président congolais Denis Sassou Nguesso, impliqué dans les tractations.

Le processus n’est donc plus au stade des simples déclarations publiques. Des échanges ont lieu et des propositions circulent.

Mais le désaccord fondamental porte toujours sur la définition de l’inclusivité.

Pour la Cenco et l’ECC, un dialogue véritablement national ne peut ignorer Joseph Kabila et les acteurs de l’AFC/M23. Pour le pouvoir, leur participation se heurte précisément à la question de l’agression du territoire national et des liens supposés avec la rébellion.

À cette divergence s’ajoutent d’autres questions : lieu des discussions, rôle du médiateur, composition des délégations et surtout caractère contraignant des conclusions.

Le dialogue est donc désormais accepté comme principe, mais ses contours restent à négocier.

Le référendum : un dossier sensible qui revient au Parlement

Le dernier signal en date concerne le texte organisant le référendum.

La loi avait été adoptée par les deux chambres du Parlement avant d’être soumise à la Cour constitutionnelle. Le 28 juillet, celle-ci l’a déclarée conforme à la Constitution sous treize réserves d’interprétation.

Le président Félix Tshisekedi a ensuite demandé une nouvelle délibération parlementaire. Le texte doit donc revenir devant les députés et sénateurs lors de la prochaine session parlementaire.

Sur le plan strictement institutionnel, cette démarche s’inscrit dans la procédure prévue par la Constitution. Mais son importance politique est considérable : pour la C64, la question référendaire est directement liée à la crainte d’une modification de la Constitution permettant, à terme, de remettre en cause la limitation des mandats présidentiels.

Le renvoi du texte au Parlement a donc été accueilli avec prudence par l’opposition. Prince Epenge y voit un « petit pas dans la bonne direction », tandis que Jean-Marc Kabund continue d’exiger l’abandon du projet.

Le geste présidentiel ne signifie donc pas l’abandon du référendum. Il modifie en revanche le calendrier et ouvre un nouvel espace de discussion parlementaire.

C’est précisément ce qui en fait, aux yeux de certains acteurs politiques, un signal d’apaisement sans constituer encore une concession de fond.

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